Oser et Brûler
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- Publié le vendredi 4 décembre 2015 04:14
Oser et Brûler[1]
Gildard Guillaume
Nous revenons souvent aux opéras de Mozart et à son superbe Don Giovanni opéra des opéras selon les amateurs qui ne se lassent pas de ce chef d'œuvre.
On en attribue l'inspiration à l'Espagne, sachant aussi que Casanova fut contemporain de Mozart et termina sa vie en Bohème au château de Dux dont la capitale Prague abrita la Première absolue de l'œuvre sous la direction du compositeur !
Le libertinage fut la belle affaire de la jeunesse -et même de tous les âges !-du 18ème siècle. Un homme, voire une femme faisant la moue sur les plaisirs galants passait pour sot ou impuissant ! Ou bourgeois.
La pudibonderie qui envahira le monde après la Révolution et l'Empire, rendit la vie bien morose à beaucoup.
Le nouveau roman de Gildard Guillaume commence comme un opéra "gioccoso" et se termine telle une tragédie.
Le libertin Comte de Sallmard ne rencontre pas un Commandeur, après une nuit d’extase, mais son destin est fauché presque d'entrée de jeu.
Nous sommes en 1780 le jeune homme joue les jolis coeurs de la blonde à la brune sans danger et sans déclencher de torrent de pleurs. Il papillonne et conduit sa carrière militaire à cheval comme il se doit.Les passage du 18e au 19e siècle s'étend largement. parfois on est tenté de dire qu'il s'étale… infiniment.
Ancien régime, Révolution, Consulat, Empire et Restauration… Aller retour avec un lot de Terreur, la Rouge, puis la Blanche, et d'émigrations des uns puis des autres. Et de revanches…de tous ordres.
Du 21 juin 1789[2] au 2 août 1830[3] une partie des français se divisent et subdivisent, se vouent aux diables de tous les Enfers, coupent les têtes des meilleurs et des innocents pour complaire aux tricoteuses avinées et aux trouillards des régimes en cascades.
Vivre, survivre sauver sa peau. Et qu'importe que d'autres se chargent de faire avancer le pays de leur travail ou de leur talent. Et marchent sus à l'ennemi et contre eux mêmes au nom du bonheur du peuple et de la grandeur de la Patrie!
Il y eut les malins qui rebondirent sur leurs ergots, amassèrent une fortune et entrèrent dans l'éternité couverts des fanfreluches de la vanité.
Ceux qui payèrent de leur vie la fidélité à un idéal.
On connaît le mot de Talleyrand à la question :
Qu'avez vous fait ? (pendant la révolution)
J'ai vécu aurait-il répondu
J'aimerais dire : À quel prix ?
Car il y eut ceux qui traversèrent l'Histoire sans esprit d'opportunisme ! Ceux pour qui l'abandon et l'adieu à ce qui devait être un destin dans l'honneur, la grandeur et le respect du devoir fut une tragédie.
Ainsi François Auguste Sallmard, comte de Monfort capitaine au régiment des Bourbon-Dragons. Libertin sur les traces de Don Juan ou Casanova soudain éperdument épris, aimant, aimé d'une angélique personne qui foudroyé par sa mort accidentelle survivra comme un fantôme… Et pourtant retrouva un chemin à accomplir.
Celui qui conduit à Dieu.
Avec toute la puissance du mystère de la Foi. Tout d'abord il intègre l'abbaye de Sept Fons comme moine et ne veut connaître que le temps du recueillement et du calme. Lors de la Révolution il en devient le Supérieur mais la bourrasque balayant les Ordres religieux le jette hors des murs , sur les routes harsardeuses au mliieu des ci-devants pourchassés voués à la mort et des héros en quête d’actes à accomplir. Il s'enrôle dans l'armée Républicaine sous un faux nom.
Ce hussard qui retrouve la vie militaire sans un grade, n'en sera pas moins soldat courageux â l'extrême dont la vaillance et l'intelligence seront remarqués et appréciés par les nouvelles élites de la République. Plus tard après avoir disparu pour un temsp du monde, il se trouve plongé au tréfond de la campagne de Russie avec ceux de la Grande Armée. Un épisode tragique pour la France et l’Empire dont il donne une image gigantesque en délire constant d'un réalisme effroyable.
Puis il survit à Waterloo, échappant de justesse au soir tombant qui porte les charognards des champs de bataille de l'Empire aux abois.
Ce roman construit d'après archives historiques nous met en présence d’authentiques
acteurs de ces années terribles et de certains évènements apocalyptiques. On nous en a souvent dépeint autant de héros illustres que d'intervenants titrés au long de manuels d’histoire et de biographies, mais avec ce roman nous frolons “les obscurs ,les sans grades“.
Ici comme, dans l'Aiglon de Rostand ou le colonel Chabert nous sommes face à l'homme seul. L'homme ayant remis titre de comte et droit d'ainé à son frère afin fuir le monde, la société, la caste. Le désespéré qui , après un deuil, abandonne, à vingt ans, tout ce qui le fait exister alors que tout lui sourit
Besace sur l'épaule ce gentilhomme erre jusqu'à l'oubli. Son errance l'emmène-t-elle jusqu'au point où la foi sauve de la médiocrité, de la lâcheté de ne pas accepter? La noblesse de cet homme est dans cette force . L'authenticité poignante de ce récit interroge l'intelligence et l'âme. Nous le suivons jusque dans sa mansarde au cœur de Paris… Alors qu'il retrouve son rêve et sa gloire d'avoir aimé et de n'avoir pas déchu.
Nous sommes à deux siècles de ces années qui forgèrent la France dans laquelle nous vivons encore ,Gildard Guillaume trouve le ton et la tournure qui nous conduisent au travers de ces pages vers ce personnage d’une trempe exceptionnelle pour toute époque. Il le fait avec une aisance et un naturel absolus. La vie palpite dans ces lignes capables de nous faire partager un destin unique et pourtant universel. Nous refermons comme à regret ce livre ,un ami vient de nous quitter!
L'auteur de "La Berline" et de "Qu'un sang impur"[4] possède le don du partage et de la compassion. Il ne prend pas parti mais nous rend conscient de l'altérité des êtres d'exception qui nous attirent authenticité et François Auguste de Sallmard fut de ceux là.
Amalthée
Oser et Brûler
Gildard Guillaume
Éditions Thaddée
Rue Casimir de la Vigne
75006 Paris











