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Opéra dans mon fauteuil

 

Lohengrin

Richard Wagner

 

 

Vingt ans se sont écoulés depuis que Claudio Abbado,  alors au sommet de sa carrière, dirigeait l’une des incursions réussies quoique hautement critiquées du ténor célébrissime Placido Domingo, aux les rôles de Helden Tenor[1] de l’opéra allemand.

 

Cette production de  Lohengrin enregistrée à l’opéra de Vienne en 1990, entre  dans la légende de la représentation d’opéra filmée. Non seulement pour Domingo, abordant peut être, ce rôle à un âge un peu trop mûr ,mais pour Cheryl Studer qui en ces années 90 à leur aurore ,triomphe de manière quasiment absolue ,à juste titre, dans le rôle éloquent d’Elsa. La voix de la soprano d’origine américaine est à son apogée aussi bien dans le répertoire mozartien et Straussien que  bel cantiste et dans ce que l’on appelle les opéras blancs de Wagner. Elle a déjà interprété tant à Munich qu’à Paris et Bayreuth, tantôt La reine de la nuit, qu’Élisabeth de Tannhäuser et même Daphné et nous donnera en concert par la suite, et  pour E M I une Marguerite de Faust toutes trois éblouissantes. À ces témoignages de ce que fut Cheryl Studer il faut ajouter une Lucia et une Femme sans ombre dont je vous parlerai plus tard. L’année Mozart en 91 la vit à Salzbourg sous la baguette d’Ozawa interprétant une Electra dans l’Idoménée de Mozart  d’une manière éblouissante.   Dotée d’une technique et d’une pratique musicale et vocale reçue aux États unis elle s’affirmait d’une quinte prodigieuse passant orchestre et chœurs avec une déconcertante aisance, un aigu fastueux ,élancé, d’une limpidité de cristal coloré d’or, un legato à l’aisance naturelle, un timbre prenant et de caractère et  la force irrésistible d’un souffle qui permettait à sa prononciation de passer les écarts et les détails de l’expression dont jamais la  chaleur irradiante n’était exclue. La très grande E.Schwarkopf elle même,en fit de larges compliments.

L’étoile de Studer pâlit soudain. Après une seconde maternité sans doute un peu tardive, la dispute de son mari qui s’institua son agent avec un chef d’orchestre au caractère peu facile. Et Studer du jour au lendemain disparut des scènes où se “fait l’opéra“.

Elle renouvelle ici le quasi miracle de Bayreuth(1987) où elle campa une Elsa stupéfiante de douceur de force intérieure et de fierté  qui rappela par certains traits la Victoria de Los Angeles des années 50.

Comme un bonheur ne vient jamais seul, Duna Vejzovics est Ortrud .Elle aussi à couper le souffle par un chant d’une stridence et d’une ampleur démoniaque qui sert un personnage à la force maléfique impressionnante .La vocalité triomphante de cette soprano dramatique n’a d’égale que la perfection de son émission absolument parfaite, on saisit tous les mots et les intentions du personnage haut en couleurs et particulièrement bien écrit par Wagner.

Placido Domingo apparaît  en Lohengrin comme lui même, déjà triomphant de tout malheur ! Chantant du “Domingo “, il demeure crédible en chevalier du Graal venu pour combattre l’ennemi de la pauvre Elsa accusée du meurtre de son frère. Certes il ne s’efface ni ne compose avec son rôle ,mais Placido Domingo qui sait être modeste devant le génie des compositeurs et qui malgré tout demeure un immense chanteur ,caractérise fortement ses rôles.

Soyons en tout de même heureux, car dans les vingt années qui suivirent et même à présent ce type de chanteur commence à peine à renaître avec Jonas Kauffmann et plus récemmentTorsten Kerl.

Le Roi Henri est doté d’un chanteur de classe en la personne de Robert Lloyd toujours régulier dans l’excellence de ses personnages. Une basse au timbre noir nuancé de transparence et dont la musicalité et l’émission est remarquable d’harmonie et d’équilibre.

Hartmut Welker  se pose en Telramund de manière torturée et fière. Personnage fier mais obtus, dominé par l’infernale Ortrud son épouse aimée et détestée .La voix est scandée, fortement colorée bien en place et suffisamment exercée pour rendre à ce rôle extrême comme celui d’Ortrud ses nuances et ses élans proche du hurlement. Hurlements, colère et rage qui cependant demeurent musicaux et parfaitement maîtrisés.

Le reste de la distribution et les chœurs, présents comme à l’antique est parfait.  Dans cette œuvre superbe qui voit ici une interprétation majestueuse et lyrique au plus haut niveau il faut reconnaître la puissance et l’inspiration de Claudio Abbado qui fut et demeure un immense chef lyrique. Lohengrin est le seul opéra de Wagner qu’il dirigea à la Scala de Milan lorsqu’il en était Directeur musical, à ma connaissance à Vienne également. Son engagement  à cette partition est si total qu’à certains moment j’ai eu le sentiment qu’il était lui même Lohengrin. Ce preux chevalier à l’âme et à l’esprit angélique et généreux.

Il faut tout de même garder présent à l’esprit que L’orchestre du Bundestheater de Vienne et les chœurs (maître Helmut Froschauer) de l’opéra demeurent uniques dans ce type de performance.

La mise en scène de Wolfgang Weber, et les décors de Rudolf et Reinhard Heinrich cadre avec l’époque. Sobriété des couleurs et architecture massive .Un décor minéral et sévère que viennent distraire quelques ornements appropriés ,le cygne apparaît comme un aigle amaigri, allusion aux armes d’une Allemagne en quête d’une identité.

  

Un disque à acquérir sans hésitation pour découvrir Wagner par la bonne entrée pour le néophyte. Pour les amoureux de Wagner ils apprécieront qu’un grand chef italien marque de son style une œuvre qui est un hommage de Wagner au belcanto et à la ligne de chant italiens.

 

Amalthée



[1]  Orthographe allemande : En français :Ténor héroïque 

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