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Une enquête criminelle défiant tous les genres.

L’affaire Brierre

Un crime insensé à la Belle époque

Par Alain Denizet[1]

Préface d’Alain Corbin

 La préface du professeur Alain Corbin à  cette étude  en  donne le ton : nous sommes dans la vie rurale accordée  en partie aux modes urbains et nationaux au temps de  la “Belle époque“. Les clivages dans  la société demeurent forts.

Alors que l’automobile et les bains de mer  attirent parisiens,  bourgeois et  “argentés“ de Province, la France rurale vit, à peu près, au rythme du siècle précédent. La Beauce, le  Dunois sont encore dans “le jus“ provincial. Le parler même,  un français fortement  “maquillé “ de patois reprend vite le dessus dans les échanges entre ces gens de terroir à deux générations de l’école obligatoire ; imposition qui fait souvent tiquer les parents en attente de bras pour les récoltes. Les moeurs sont à cent lieues de celles de la “ville“. Le Café pour les hommes fait face à l’Église géographiquement et socialement.

Dans le  contre jour des nombreux  procès et affaires rapportés dans le Paris et Le Matin  du jeune  avocat qui deviendra  le célèbre écrivain Gaston Leroux , voici  un crime bien différent de ceux dont il fit les chroniques en son jeune âge.

L’affaire Brierre se déroule  à Corancez,

plaine de Beauce. À perte de vue les champs. Et, au loin la flèche de Chartres mystique, emblématique et superbe cathédrale. L’affaire Brierre  exsude  le sang des sillons,  haches et  pioches, et le brûlant soleil d’été pas plus que la glace de l’hiver n’en effacent les contours. Les témoins parlent avec leur rancœur, leur jalousie, toujours un esprit de vengeance et des cadavres ressortent du passé pour tenter d’expliquer l’inconcevable du présent.

 Gaston Leroux depuis une vingtaine d’année, régale la société avec Le mystère de la “Chambre jaune“ et autre “Parfum de la Dame en noir“. Drames bourgeois qui ont mis en appétit les lecteurs de tous bords.  L’Affaire Brierre occupe la presse locale et nationale à plein temps. Une débauche d’articles ! Et  les tirages sont énormes ; à faire pâlir d’envie nos directeurs et journalistes d’aujourd’hui. On s’arrache la “suite“ ! Les comptes rendus sont de véritables scènes de théâtre voire des scénarios de film.   Ils provoquent  un délire de tableaux suspects et le sentiment d’un malaise insupportable, mais si grisant qu’on y revienne et reviendra. Et  parmi  les drames “paysans“ celui-ci laisse le doute persister tout au long des enquêtes et des récits, puis du procès en cour d’assises de Chartres. Longtemps après il y eut des rebondissements. Car l’accusé Brierre n’avoua jamais…Même confronté à des preuves indéniables. Et la seule fille qui lui resta ne le crut jamais coupable.

Et le doute a subsisté. Un doute contre lequel il est difficile de lutter avec son propre raisonnement et sa propre intelligence tant ces faits  semblent invraisemblables

Voici donc une atmosphère et un climat retrouvés après recherches scientifiques qu’   Alain Denizet  accomplit pour tous ses  ouvrages ayant fait sa réputation d’historien.

La “Belle époque“ est ici au raz des fraisiers, bien que l’humour ne fasse jamais partie du décor. Au contraire. En ce qui concerne les rapports entre gens d’une même contrée, franchise et  équité ne sont  pas au programme.  La terre agricole décrite semble ne jamais être visitée par les oiseaux du matin ; mais seulement par les vautours. Le pays produit du blé, de l’orge et autres denrées. On y voit les premières machines agricoles mais tout semble recroquevillé, difficile et limité en son avenir chantant et la population bavarde est en réalité  hostile ou  peu abordable à tout ce qui vient d’ailleurs.

On sort de chaque chapitre  en frissonnant. On se demande parfois si l’on continue. Les courbatures montent tant le cauchemar vous frôle. Mais l’auteur parvient à vous ramener dans son cercle ! Et l’on veut tout savoir…Jusqu’à la fin, la mort de Brierre au bagne de Guyane après dix ans d’une vie quasi exemplaire.

Cette  présentation de l’affaire minutieuse, d’une intelligence parfaite exempte de redites et de commentaires superflus, éclaircit  à l’image d’un scalpel  chirurgical le tissu alambiqué de la matière présentée à l’analyse. Car sans cesse il lui a fallu passer d’articles de presse souvent tendancieux, de province et de presse nationale voire internationale, à des comptes rendus de police et de gendarmerie rédigés selon les critères de l’époque. Et puis se tenir à distance des uns et des autres pour un regard général après avoir fouillé dans le moindre des recoins de textes.  Aucune tentative de “romancer“ quel qu’événement qui soit et surtout ne pas prendre parti.  

Ce crime  fut traité, sur le plan judiciaire, en partie  avec des méthodes d’études nouvelles, comme les analyses de sang, mais “tout “un chacun put aller et venir de nuit comme de jour sur les lieux du crime, dès le jour même de la découverte des cinq corps. Aussi comment ne pas douter de certains indices ?

 D’autre part comme pour l’affaire Dreyfus, l’affaire Brierre  divisa l’opinion, surtout au moment de l’obtention de la grâce et eut une certaine importance politique.

En tous cas nous sommes   loin du ton de Colette parlant de son Berry ou du monde de George Sand, mais bien proche de celui de Hugo et Zola. Nous chaussons  les  meilleures lunettes, car Alain Denizet possède l’art subtil de nous garder attentif et de faire tomber le moindre espoir. Il vous conduit à revivre les faits jusqu’à la fin dans leur âpreté. L’expérience d’un tel livre vaut sa lecture attentive comme celle d’un policier littéraire, pour le style de l’écriture, digne, suffisamment détaché et capable de scander une sordide histoire comme une tragédie grecque.

Donc les faits :

Par hasard nous dit-il le voici face à  ce fait  inconcevable :Un père de six enfants, veuf et  en apparence de réputation sérieuse , fut accusé, puis jugé et condamné à mort- commuée en détention à vie- pour le meurtre de ses cinq enfants légitimes vivant sous son toit. Cela se passait la nuit du 21 avril 2001. 

Au départ on le retrouve blessé de coups de couteau…Racontant qu’il s ‘est évanoui et est demeuré sans connaissance, dans la rue à la suite d’une agression par le ou les assassins de ses enfants.

Tous les témoignages, toutes les expertises et le procès en déroulé font la matière du récit. Le portrait du coupable et les traces de sa vie avant le crime apparaissent  en traits au fils de chapitres organisés  en cercles autour de l’ homme   cerné de plusieurs façons y compris celle du récit de sa vie de bagnard.

Nous avons également les conclusions de médecins spécialistes qui donnent une explication à la culpabilité certainement  avérée de Brierre.

Amalthée

Aux édition La Bisquine

L’affaire Brierre

Un crime insensé à la Belle Époque

Alain Denizet

 

 



[1] Professeur agrégé d’Histoire et Géographie, écrivain .Au cœur de la Beauce, enquête sur un paysan sans histoire/1798-1854/ (2007) La Beauce et Perche, nos ancêtres dans tous leurs états (2012)

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