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Le temps passe  et les amateurs de chant français ont vécu bien des déceptions ces dernières années avec ce répertoire. Nous n’avons pas  perdu  de vue le passé  et le souvenir de NicolaÏ Gedda[1]évoqué en cette fin mai par l’émission Lyrico Spinto dimanche passé,  ni celle consacrée peu de temps avant à Cheryl Studer . Elles  nous donnent  des  regrets. Aussi que des voix neuves, aujourd’hui, se révèlent, nous enchante .Voici Piotr Beczala originaire de Pologne, dans la ligne  de Jean de Reszke[2] .Un chant clair, dénué d’affects,  d’effets de menton, une langue chantée sans accent, un timbre chatoyant, l’ élégance et la sveltesse de la prosodie et l’aigu monté en complète harmonie instrumentale.

 

Un caractère modeste par rapport aux compositeur qui sait s’affirmer en scène. Voici un disque pour lequel Piotr Beczala se rend à Lyon et enregistre sous la baguette d’ Alain Altinoglu douze extraits célèbres d’opéras  incontournables de notre  répertoire .

Suivant à trois mois près la splendeur héroïque de Bryan Hymel [3], voici l’enchantement , la grâce de Piotr Beczala . Un artiste qui s’identifie à ses personnages en toute sincérité.  La force, le souffle, la passion tissés aux élans portés avec une aisance sans pareille en complète symbiose  avec les musiciens ,eux aussi faisant corps avec l’élégance ,le charme et l’expression idéale d’un chant habité.

Werther de Massenet en entrée de jeu : Salut demeure chaste et pure…et l’on est saisi par  la violence de la douleur désespérée au travers de larmes tues qui irrigue un chant d’un goût parfait. Difficile d’oublier son Paraît de la fin !

Massenet à nouveau pour le Cid, Ô souverain, ô juge ô père… Un air noble qui ouvre par un quasi récitatif chanté et avance vers les sommets de la résignation en teintes cuivrées, qui nous le présente avec  une diction d’acteur de théâtre et la puissance d’une voix admirablement maîtrisée malgré les exigences de l’expression de violence contenue du texte.

De Berlioz, Piotr nous régale d’un extrait de la Damnation de Faust enlevé de voix de maitre diction et intention parfaites. Et puis vient le délicieux extrait de Béatrice et Bénédict : Ah je vais l’aimer… J’adore cet air et je retrouve  les délices acides de Berlioz qui pour une fois se fait ironique, subtile et heureux.

Mais sans doute l’excellence de l’intonation et du caractère français que Piotr Beczala sait avoir à la perfection se trouve exprimé à la perfection dans cet air que Michel Sénéchal chantait à ravir et en toute puissance de souffle : Le Viens gentille Dame de la Dame Blanche de Boieldieu .Hérissé de virtuosité et d’envol à l’aigu sur des écarts périlleux ,l’air se termine en apothéose après deux appels de harpe par une reprise en demi teinte qui passe comme un fantôme .Un frémissement d’une délicatesse arachnéenne que le chanteur donne sur un diminuendo admirable.

Puis nous avons aussi Le Salut demeure chaste et pure. Faust de notre cher Gounod.  La ligne de chant cambrée, le style expressif du romantisme tardif à la française. Ah ! Cette montée à la quinte aigue de : devine la présence ! Elle vaut presque tout le disque !

Pas une seule ne chute de tension. Un chant phrasé avec l’élégance d’un gentilhomme. Le violon solo et l’orchestre y sont fabuleux également.

Et viens alors plus que Verdi ! Verdi dans son expression française de la version originale de Don Carlos et la magnificence de cet air que l’on n’entend très rarement : Fontainebleau  Forêt immense…Frémissement d’un amour  pudique .Toute la délicatesse et la modestie d’un cœur dont ce sera le seul battement !

Un bel extrait du Dom Sebastien de Donizetti : Ange si pur, encore un moment de grâce et d’épanouissement  vocal.

Et nous avons rendez-vous avec Bizet. La Carmen de la Fleur que tu m’avais jetée ; chanté comme une sérénade insistante et marquée d’un sentiment d’injustice ! La demie teinte portée comme une corole. La poésie de ce jeune homme candide est toute là dans cet air chanté avec un ton d’innocence. Et le contraste est alors plaqué sur l’auditeur car nous terminons avec un troisième air de Massenet pour clore le florilège.  Les retrouvailles de Des Grieux et Manon à St Sulpice. La soprano Diana Damrau lui donne la réplique.

L’intensité dramatique et l’échange des répliques  entre les deux sont d’un goût si parfait que l’on se prend à vouloir tout l’opéra avec ces deux complices ! La violence et la passion passent l’orchestre, le couple réussit à dépasser ce raccourci avec un investissement dramatique remarquable. Tension du texte, larmes retenues. Haine et amour éparpillés.

 Voici un enregistrement  remarquable.

Le chant français séduit  le public et revient en force. Nous le devons à des ténors de carrure affirmée, à de tels artistes conscients que le rayonnement  vocal et la maîtrise du phrasé sont indispensable à l’expression d’une rhétorique unique, celle de la langue française chantée sans accent . Après Bryan Hymel et ses héros de forte envergure, voici le charme d’une voix pétrie de brio et d’émotion. Piotr Beczala a  déjà pris les rôles célèbres de R.Tauber avec un disque d’airs d’opérettes  de langue allemande en 2013. Ses attaques et ses codas sont d’une netteté impeccables. La voix gainée, aux registres liés en  fondus des uns aux autres avec un art consommé de la prosodie et de la musicalité nous offre avec ce disque un témoignage de son bonheur d’être un tel chanteur.

Alain Altinoglu et l’orchestre de Lyon lui offre l’écrin d’une superbe phalange que nous entendons enfin sous la baguette d’un chef inspiré.

 

 



[1] Quatre vingt dix ans cette année

[2]  inoubliable et faisant figure de modèle de style et d’élégance comme de puissance, ténor polonais d’une classe admirable qui mourut à Nice en 1925

[3] Commenté le mois dernier

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