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Madama Butterfly de Puccini au théâtre Antique

 Il serait désobligeant de dire, même  sur le mode plaisant, que Giacomo Puccini fit de l’amour des femmes de l’affliction, du désespoir dont elles le payent,   sa marque de fabrique !

Cet homme  à la beauté racée, au caractère profondément aimable montre dans ses œuvres un caractère puissant absent de préjugés dénonçant avec  justesse et acuité psychologique  les avatars d’une société hypocrite où le mépris “petit bourgeois catho“ pour toute créature hors de certaines normes établies, faisait des ravages. Pas de “plaidoyer“ démonstratif ou agressif. 

Une manière de  dresser  musicalement  chaque  portrait  en accord et évidence avec les situations et les caractères particuliers des personnages et de l’état de  la société telle qu’elle fut ou demeure.

 

La force de Puccini demeure d’avoir été profondément réaliste dans ses observations et analyses, ses propos  et dessin de caractère .Et, tout en étant   romantique d’avoir écrit une musique évocatrice, parfois viscérale, puissante et élégiaque dans son expression comme dans  sa beauté sensuelle et intemporelle. Peu d’amateur résiste à l’émotion impulsive que génèrent les pièces de Puccini. Peu nombreux sont  les interprètes qui d’instinct savent éviter de  glisser  vers le pathos. En cela l’interprétation musicale et vocale de Butterfly à Orange fut un exemple de tenue et de caractère.

Nous attendions avec ferveur le chef Miko Franck à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et l’ovation qu’ils reçurent,   démontre la puissance expressive musicale et lyrique, le brio et la discipline  de cet orchestre. Les pupitres de cordes, les solistes instrumentaux   ont montré leur de souplesse, la justesse et la ductilité de leur phrasé. Les percussions, l’Harmonie et les cuivres ont exposé   des timbres  soignés à l’extrême de nuances .Moko Franck invitant continuellement chacun à participer à la vie d’une partition palpitante et fervente ,montant à des crescendo d’une irréelle douceur   se perdant dans le ciel.

Inoubliable ce prélude musical à voix  fermées  …Tout le tragique, la déréliction, la coupable  suffisance masculine déchire un être, un amour incomparable dans la nuit si belle si calme dont naîtra la mort.

Remarquable ce soutien au chanteur au long de la pièce. Moko Franck n’impose rien et  selon le cas anticipe et accompagne vigilant, sourire aux lèvres.

Emonela Jaho en Cio Cio San parvient à une figuration de grande classe. Elle est de tout son être palpitant l’adolescente éprouvée consciente de sa fragilité et forte de son sens de l’honneur. Silhouette et  visage voulus très neutres mais parcourus de vibrations pudiques  pour la circonstance, qui laissent  place à l’expression du chant dans toute sa graduation de nuances presque à l’infini d’une extase d’amour débordante. L’expression est sublime. Elle neutralise et ravive son timbre comme son phrasé,  de la tendresse amusée tintée de timidité de l’entrée à la fulgurante effervescence de l’amour face à Pinkerton. Et suprême jeu du troisième acte pour lequel les harmoniques reparaissent nimbées de douleur extrême pour ce fameux “Un bel di vedremo  Fière, équivoque, inébranlable  dès qu’elle aperçoit l’épouse de Pinkerton dans son jardin elle  brise son expression, la lance une ultime fois et la brise comme un  cristal. À l’opposé d’une exposition personnelle de son talent Emonela Jaho vit son personnage dans son aridité parfois sèche, pour nous la présenter dans sa tragique souffrance tenue aux limites de l’insupportable douleur. Du grand théâtral et lyrique pour cette cantatrice qui a déjà fait de beaux succès à Vienne.

Après les brillantissimes performances de Vêpres siciliennes [1]de Londres, il fallait comprendre que Bryan Hymel nous donnerait un Pinkerton taillé à l’épée. Les aigus triomphants, le timbre moins mordoré que prévu-nous sommes en plein air- la gaine vocale, les passages de registres impeccable. Je lui demanderai un peu plus de musicalité et de liant. Le personnage n’a rien de très lyrique au sens mélodieux du terme il est d’une seule pièce, sauf pour le remord à la fin. Un militaire américain empli de suffisance à l’égard des pays étrangers comme des femmes. La voix possède les notes absolues de chaque registre sans détour. Un monsieur qui chante Énée des Troyens, sait donner de la perspective à un tel  personnage et être  dans sa peau ici. Mais un  fat à souhait (duos avec Sharpless) amoureux pressé face à la vertueuse Cio Cio San. Ce n’est ni la sensualité tendre, ni la noblesse de cœur qui paraît, mais la goujaterie habillée à la sauce aigre douce. En cela il est parfait. Sa fin est bien jouée, on peut presque croire qu’il a des remords. Tout le monde sait par expérience que ce genre de personnage n’en mourra pas.

Marc Barrard  est le Consul idéal.  Allure juste, il traduit le sérieux et l’intelligence  d’une compassion désolée mais fataliste pour Cio Cio San, comme la sévérité légèrement méprisante et voulue pour Pinkerton. Chant lyrique raffiné, timbre de caractère, autorité du phrasé et justesse de l’expression. La voix  domine l’orchestre avec puissance et musicalité.

Les autres personnages  sont également parfaitement distribués.

On remarque l’exceptionnelle Suzuki de Marie Nicole Lemieux venue nous faire ce merveilleux présent d’une interprétation faite de tendresse et de  force de caractère dévouée à celle qu’elle aime comme une fille.

Elle nous a régalé lors du concert du 14 juillet à Paris retransmis sur France 2 d’un Air de  Dalila [2] d’une inoubliable facture.

Décor minimalistes  et costumes somptueux. La mise en scène de Nadine Duffaut est intelligente et respecte l’époque et les lieux. Voici un triomphe de plus pour les Chorégies.

Amalthée

 

Un mot de l’histoire :

La tragique destinée de Cio Cio San (Madama Butterfly) tient en peu de ligne.

Jeune japonaise de quinze ans, son père ruiné, se suicida par respect de l’honneur. Elle devient geisha à peine sortie de l’enfance. La règle des mœurs  (japonaise) aurait voulu qu’elle n’épouse qu’un homme très riche  afin de  retrouver honneur et rang.

Un marieur-trouve mieux-  il la présente à l’officier de marine Pinkerton. Un  mariage à la  façon  “d’une fille dans chaque port“ pour ce béjaune américain excité  par “pure jeune fille  “ japonaise”, donc “sauvage“ ![3] . On dresse  une comédie d’épousailles fantoche  après avoir loué une maison en bail emphytéotique. Chose bien plus existante que les rapports avec une geisha vénale classique! Pinkerton  entrainé de lui-même jusqu’ à l’amour “fleur bleu“,  joué dans l’ambiguïté d’une sensualité attendrie est incapable de réaliser qu’il déclenche un séisme affectif et  moral qui sera mortel, pour se délecter  et s’amuser d’une vierge qui lui offre son innocence , son âme d’enfant avec sa ferveur de femme.

Cio Cio San et les femmes marchent dans ce “ vaudeville“, dont seul le Consul des États unis Sharpless  dénonce la malhonnêteté morale et la gravité.

Quelques mois s’écoulent,  le mariage japonais s’efface dès la rentrée  dans les foyers dePinkerton qui épouse –en vrai-une américaine bon crû.

Cio Cio San attend impassible, vivant de peu, élevant l’enfant né après le départ de l’officier, certaine du retour de l’aimée. Elle refuse même un riche mariage. Suzuki la suivante sait,  elle,  que les maris étrangers ne rentrent jamais ! Cio Cio San comprends

Pinkerton revient, Sharpless contraint Pinkerton  à rendre visite à Cio Cio San saisit en un instant après une nuit de veille que tout est fini pour elle et se donne la mort rituelle dictée par son père et ses ancêtres.



[1] Verdi

[2] Samson et Dalila Opéra de Saint Saëns

[3] Inculte, sans religion etc. Et autres idées reçues et machistes  du bien pensants américains et européens.

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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