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Kate Aldrich et Jonas Kauffmann

Brûlants amants, brûlants talents

Amants brûlés !

 

 C’est avec Aïda le plus joué au monde cet opéra !

Carmen il est temps encore !

Carmen belle et ravageuse. Mante religieuse qui balaye tout caractère faible ! Libre ! Violente de passion et d’orgueil qui meurt pour ne pas céder à la vindicte d’une époque qui fut longue. Longue et ardue pour les femmes sans fortune et sans rang !

Orange pour la cinquième fois du mandat du très avisé[1] directeur artistique Raymond Duffaut nous offrait un nouveau plateau, de nouvelles voix et une conception complètement renversante de la pièce de Meilhac et Halevy, musique de Georges Bizet.

J’adhère complètement à la pensée de Nietzsche : cet opéra est magnifique.

Et la réalisation à laquelle nous avons assisté fut à la hauteur du chef d’œuvre.

Car Louis Désiré le metteur en scène  part à rebrousse poil de tous les réalisateurs qui l’ont précédé.

Pas d’espagnolade, pas de mise en coupe réglée à prétention contemporaine.
Louis Désiré ne fait pas le ménage ! Il ne dépoussière pas ! Car il n’y a rien à dépoussiérer une fois les décors des autres rangés !

Non. Il crée.

Il crée de toute pièce un écrin ordonné et strict dans des couleurs de vie et de mort, le noir et le blanc en principal et des cartes géantes qui cloisonnent les êtres et les évènements. La reine de Carreau et l’As de pique en fin de drame. L’une à côté de l’autre. La mort…Toujours la mort…Une catharsis violente amenée fatale et pointue comme glissante à l’orchestre, directe et presque froide par le décor , et,  de la part de Don José avec des instants de tendresse soumise mêlée de rage douloureuse que Kauffmann maîtrise formidablement. Face à Kate Aldrich dressée souveraine drapée de sa beauté de sa fière allure et de sa volonté de ne pas céder.  Une femme, un homme qui en principe, dès le départ de l’affaire n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Et l’intransigeance qui les unis et les sépare les porte de l’amour fou, délirant, à la haine éperdue, au mépris et à la mort.

Cette Carmen en ascension sociale  veut avec intelligence et force de caractère monter haut ou ne pas monter. Attrapant d’abord un militaire de moyen grade…Puis un torero homme de situation considérable dans l’Espagne de l’époque. Rien à voir avec la “romanichelle vendeuse d’élastiques à la sauvette “de certaines autres productions !

Carmen ouvrière provisoire… Contrebandière. Belle, soignée, bien mise, qui connaît les espagnols sait leur prédilection pour la Toilette[2] ! Et non pas les pieds nus [3]dans la poussière de la rue à la taverne… courtisée à outrance : elle laisse languir, mûrir, et …choisit.

Kate Aldrich  se dresse et avance mue par cette morgue, cette beauté et cette grâce féline qui d’un coup de rein fait monter l’adrénaline dans le sang de ceux qui sont en présence. La voix est belle timbrée de soleil, l’ambitus long et large le legato gainé. La prononciation française excellente. Voici une Carmen d’exception,  séduisante mais point racoleuse. Noble, élégante et racée de la pointe des doigts à la pointe des aigus. Détachée des minauderies. Ses écarts vocaux sont parfaits de justesse, la prosodie et les intonations en accord avec le caractère intraitable d’un  être ambitieux, sensuel,  cruel, insensible à la faiblesse. Maîtresse de son chant et follement attrayante Kate Aldrich démontre que pour intéresser un homme, un public il faut être animée de la confiance en soi et savoir travailler.

  Jonas Kaufmann campe un Don José  ennuyé, blasé à la première scène, émoustillé dans la deuxième où  il regarde presque négligemment Carmen comme une attraction. Bientôt fataliste à partir de sa rencontre avec Micaëla, Inva Mula, il semble  soudain comme pris en faute face à la jeune fille. Il flotte dans son uniforme  comme dans sa vie en lisant la lettre de sa mère voulant se rattraper d’une distraction qu’il croit encore maîtriser.

Tout tourne autour de ce garçon soudain agrippé par le désir et le vertige. Il vit ce rôle comme un rêve aux couleurs changeantes mais rarement heureuses. Sur le plan vocal la voix plutôt barytonale désormais, exprime dans ces premières scènes un ennui sulfureux qui sème l’angoisse dans le cœur de l’auditeur. Parles moi de ma mère … est un appel au secours.  Jonas Kaufmann décline tous les états de ses sens et de sa volonté assaillie en permanence par ce sang courant en lui imbibé de passion. Il donne une image à ce point malheureuse et résignée que l’on sent à l’avance-même en connaissant l’histoire-que seule la mort le délivrera. Belle incarnation sauvage et intelligente pour laquelle la voix adopte un caractère sombre doté d’harmoniques superbes et d’une intonation, d’un lyrisme au charme irrésistible.

L’impression d‘un monde en ordre parfait qui tourne  sur son aire avec énergie et la conscience d’agir de manière fidèle drame et de donner vie à cette tragédie farouche de laquelle soudain quatre personnages sortent de leur rôle habituel  pour exploser. Tout cela donné  par cette mise en scène déroutante à première vue mais d’une intelligence et d’une actualité fascinante.

Partie de bridge ? Partie de cartes. Jeune filles à la recherche de la réussite ? Mais, une réussite, n’est-ce pas aussi une partie de carte que l’on se fait à soi même ? Un Pari fatal sur l’amour, le prestige et la mort.

Les figurants figurent ! Ils chantent, nous les voyons et les entendons ils sont impeccablement ensemble et le déroulement de l’action  est d’une formidable efficacité. Merci à tous à ces enfants de maîtrise des Bouches du Rhône et au Chœurs d’Angers Nantes Opéra, du Grand Avignon et de l’Opéra de Nice. Parfaitement dirigés. Les voix se sont accordées pour la joie de tous.

Carmen Kate Aldrich, une rencontre essentielle pour nous français.  Joueuse fataliste, superbe dans la vie comme dans la  mort interprète cette partie transportée au delà de l’heure et des lieux.  Don José   Jonas Kaufmann, un chant magnifique, un acteur né. Escamillo  Kyle Ketelsen très élégant, une voix un peu en deçà du rôle sur le plan de l’élan et de l’expression [4]et une prononciation à revoir. Inva Mula en Micaëla donne une impression un peu lasse de son rôle. La voix est toujours jolie, le chant très bien exprimé. Je l’aime mieux  infiniment mais elle me semble un peu mûre pour ce personnage.

Des seconds rôles bien distribués avec des chanteurs de classe : Hélène Guillemette Frasquita et Marie Karall en Mercédès ,un air de fraîcheur et de malice par de belles voix déjà bien en place pour des personnages campés avec fidélité et élégance. Florian Laconi le Remendado, le Zuniga de Jean Teitgen, le  Dancaire Olivier Grand s’accordent avec l’excellent Morales d’Armando Noguera.

L’orchestre Philharmonique de Radio France a démontré, il en est besoin à quel point cette phalange excelle dans le monde lyrique. Des pupitres de cordes d’une opulence souple et généreuse, des solis d’instruments d’une beauté émouvante. Cet orchestre conduit par Mikko Franck nous a révélé une fois encore cette partition comme s’ils la jouaient pour la première fois. De la grand, noble et élégante musique expressive et musclée. Sans complaisance, dans un style épuré et riche.

Cette soirée inoubliable a tenu trois fois le théâtre plein à Orange ! Plus de 20.000 spectateurs et les milliers de téléspectateurs devant leur écran.

J’espère que tous ont eu la même joie ce soir là que nous. Car ce fut une soirée unique.

Amalthée

 

 



[1] Talentueux

[2] Savoir s’arranger avec deux sous est un art que souvent ne maitrise pas d’autres peuples.

[3] Signe de misérabilisme snob de certaines mises en scènes branchées bourgeoise bohème de pacotille

[4] Nous avons mieux en France comme baryton basse !

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

Borde Basse

82 150 Saint Amans du Pech

France

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