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Festival de Lucerne : Entre pluie et soleil

 Les enfants terribles de la musique baroque .

  Le clou de ce festival de la semaine, celle d’avant le dimanche des Rameaux, aurait pu être soit la Messe en (H moll) Si de J.S.Bach, soit les deux concerts de l’Orchestre de Bavière dirigés par le très charismatique Marris Jansons.

Mais les habitudes finissent  par déranger, le plaisir de la musique se fait routinier et l’on se dit que l’on entend la même chose depuis des lustres.

La découverte de Teodor Currentzis et de MusicAeterna a déplacé le centre d'intérêt du Festival pour quelques rares instant de pur bonheur .

 

 J’use  de franchise  et   vais  vous parler rapidement de la Messe en Si de J.S.Bach dirigée par J.E.Gardiner et du Stabat Mater de Dvorak dirigé par Marris Jansons, pour  me réserver le vrai plaisir d’achever ce reportage avec l’événement original et heureux de ce festival : la venue de Teodor Currentzis et de l’Ensemble MusicAeterna.

J.E Gardiner nous donne un exemple de  la fadeur de la musique de la période baroque.  Sa découverte de Bach alors qu’il était enfant est émouvante et sont travail depuis toujours est très digne d’admiration. Mais  de révolution dans un verre d’eau à une moulinage d’instruments plus ou moins recopiés ou anciens “véritables“ nous en sommes venus à pas mal d’interrogations.

Et surtout celle-ci : où se trouve le chemin de l’amour de la musique dans ce déploiement négligé auquel nous avons assisté le 26 mars dans ce KKL [1]de Lucerne.

Le Chœur Monteverdi et les Solistes Anglais manquent de rythme, de souffle, d’énergie et punch. Certes on reconnaît ça et là un bel ensemble ou un legato heureux ,mais lui-même , J.E.Gardiner entre en scène comme à regret et sa battue ,ses plans sonores son élan sont plats. De plus les Solistes  Esther Brazil, Hanna Morisson, Katie Bray,Peter Davoren, Nick Pritchard, Kate Simmons Joy , Alexander Ashworth, David Shipley  ne sont absolument pas au niveau de l’œuvre,  deux  d’entre eux le ténor et la basse manquent de chair et la voix n’est pas en place.

Pour le reste, l’œuvre magnifique du Cantor s’étire, faiblit, pali et monte  et deux heures sont passées sans fièvre et sans passion.

Ainsi nombre de chanteurs formés dans l’optique de “reproduire “une musique dite “ancienne”, n’ont que l’esprit, mais pas l’âme et la flamme. Leur carrière piétinera.

Rares sont les “pratiquants“ et les abonnés qui vraiment cassent leur tirelire pour des baroqueux  à présent.  

J.E.Gardiner termine une intégrale -au disque- des Cantates de Bach ! Certes cela fait quarante ans qu’il remet sur le métier idées et pratiques  Est-il  le seul ? Les quarante ans pèsent désormais sur ses interprétations qui ne renouvellent pas un état d’esprit à présent dépassé. La fidélité et la vérité pour symbole ? La raison n’est pas vérité. Ce que nous voulons entendre c’est la Jeunesse et la beauté lumineuse de Bach  joignant l’éternité dans la prière. Et ça ; nous ne l’avons pas entendu au cours de ce besogneux concert.

Passons à Antonin Dvorak et à ce Stabat Mater si poignant par la souffrance dépassée du compositeur, dont on sait qu’il perdit trois enfants et que la musique seule, put lui faire accepter un deuil aussi cruel.

Marris Jansons atteint à  l’interprétation et à la cohérence spirituelle  dans un geste de compassion admirable. Sa direction ample, inspirée  est puissante et pudique atteignant  une magnificence sombre d’où par instants les larmes surgissent, bienfaisantes, douces et consolatrices.

Autres soirées, entre musique sacrée [2] et classique

L’orchestre de Bavière aux timbres moirés  , les solistes  l’admirable mezzo Mihoko Fujimura, la Soprano Erin Wall très joli timbre et technique vocale impeccable , tout comme le très stylé Linag Li (basse) possèdent la maitrise du style romantique avancé d’Antonin Dvorak  et opèrent en symbiose parfaite .

Ingo Metzmacher  et l’orchestre et les Chœurs  de Baden Baden et Fribourg nous présentaient  un programme  alliant la liturgie de Trois Psaumes  de Felix Mendelssohn  destinés à l’interprétation à “Cappella“ et la Symphonie N°6 de Gustav Malher. Ce chef est jeune, positif, énergique et puissant. Il a un avenir sans ombre. Il partage avec cet orchestre le désir de servir la musique pour ce qu’elle signifie véritablement pour nous : un moment hors du monde, qui fuit et ne revient jamais !

L’orchestre  surmonte l’épreuve  d’une fusion (obligatoire pour motif économique) des deux phalanges précédemment indépendantes (Fribourg et  Baden Baden).Je souhaite que leur futur soit semé de succès comme celui de cette soirée. Car les timbres solistes, la puissance moirée des cordes et l’énergie recréatrice ont innervé cette lecture en tous points puissante, évocatrice et enthousiasmante de l’œuvre de Gustav Mahler. Ils sont sortis d’eux mêmes portés par un élan irrésistible créant un monde intemporel et fascinant. Avec eux G.Mahler est romanesque et possédé, parfois magnifiquement délirant toujours  emporté…Sur les ailes d’un fatalisme débordant de sons fantasmagorique et bien sonnant. J’ai passionnément aimé cette interprétation.

Enfin voici  ,celui qui a collé les auditeurs spectateurs du KKL  à leur fauteuil ,le 25 mars est un jeune homme de quarante ans né à Athènes et formé à Saint Petersbourg : Teodor Currentzis.

On nous annonce un Brandebourgeois de Bach et la Cantate Mein Herz Schwimt im Blut.

Oubliez cela ! Vous aurez deux heures de Jean Philippe Rameau.

Un panorama grandiose  dans l’esprit du XVIIIe ,   pas une ride, pas un trait biaisé qui n’aurait pas été signé par le grand musicien des Lumières. Du style à s’en étourdir jusqu’à l’ivresse totale. Une musique nimbée de la sensualité raffinée, subtile et courtoise .Coquine et savante qui se livre aux instruments au delà de celui qui, à l’accoutumé les a joué tant de fois.

Et voilà. Et bravo. Et tant pis pour Papa Bach ! Ce n’est ni le jour, ni son heure. Cela viendra plus tard lorsque Teodor et ses complices en auront pris le goût, à leur rythme à leur écoute.

J’ai pensé : mince alors !!Et, deux heures plus tard  je  sortis éblouie de ce concert qui n’a rien de commun avec que nous entendons et voyons d’habitude.

Teodor Currentzis : de la raison de l’écriture à la liberté de lire et de reproduire comme pour  une incarnation de la partition. Donc au 21e  siècle s’il pense qu’une guitare électrique peut servir Rameau ! Il en  jouera.  C’est en substance ce que les rares entretiens laissent comprendre de ce magnifique interprète inclassable.

C’est un bonheur qu’enfin il existe un artiste qui puisse dire :

Je ne veux pas d’un Mozart de Novotel !

Pour aujourd’hui, à Lucerne, il remonte le courant des “baroqueux“, il soulève les couches d’une autre tradition, celle des premiers âges de la soi-disant révolution “baroque“, qui a pris de la poussière à force de redondances multiples. Prouvant ainsi que l’on trouve toujours plus hardi que l’on imagine.

Une taille de danseur soliste à la Nijinski, un  profil d’aigle, bijoux aux mains et de noir vêtu .Il danse ! Ce faune au regard aiguisé et doux danse comme Jean Philippe Rameau  aurait souhaité danser chez  Alexandre de La Pouplinière. Cent musiciens jouent comme mille ! Rythmes décoiffants  pas de deux, de dix et vingt…Sourires tendres ou moqueurs et fantaisies cocasses et marches courtes sur la scène comme sur de tréteaux de campagne un soir de Juin. Tout y est ! De la fête ! De la liberté d’innover tout en gardant l’esprit et le cœur du cher Jean Philippe qui devait à tout prix distraire des lourdeurs de l’existence. Du merveilleux dépaysement des Sauvages, des  fabuleuses Indes Galantes, des Suites pour clavecins renversées en partitions multipliées sur d’autres cordes accueillantes et sensuelles. Des fêtes d’Hébé, des Gavottes et des Forlanes et de Les Hautbois triomphent des flutiaux, les Trompettes font trembler le sol sous les pantoufles de cuir, les tambours battent la chamade  et les mollets démangent…Ah ! Si nous avions pu faire une ronde là… Comme au temps de nos vingt ans. Nous avons rêvé et nos cœurs ont dansé. La communion fut parfaite .La jeunesse est un bien incomparable et rarement comme ce soir là elle ne fut plus proche de la vérité passée à la lumière de la passion.

Tout Rameau en diaporama .Omniprésent, jeune et fringant, frétillant, talentueux, inventif, inoubliable ! Vivant ! Au point que désormais c’est dans cet éclairage fantastique et rutilant que nous voudrons l’entendre et le voir.

La ronde, Teodor la conduit en “bis“, car prenant à bras le corps le tambour il parcourt l’orchestre afin de se mêler à lui. Il est l’âme de cet orchestre si bien nommé.

En résidence de l’opéra de Perm, loin de nous près de l’Oural. Jusqu’à présent ces enregistrements de Mozart le précèdent ! Et l’on a émis certains commentaires qui peuvent faire croire à un jeune homme un peu toqué qui bouscule la tradition “bourgeoise “ et les habitudes compassées d’écoute.

Mais non ! Il est fidèle, il a tout étudié avec sérieux et soucis de vérité.

Rendez-vous avec ses trois CD de la trilogie de Mozart.

Un bon crû pour Lucerne où la jeune génération a relevé tous les défis.

 

Amalthée

 

 



[1] Kultur und Kongress Luzern : Palais de la Culture et des Congrès

[2] Destination première du Festival de Pâques de Lucerne

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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