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Avignon

Mireille de Charles Gounod

Delaissée du public “bon chic, bon genre“ de certaines époques, l’œuvre de Frédéric Mistral [1]a survécu grâce à la musique de Charles Gounod.

L’opéra  composé en 1863  et joué à Paris en 1866, est soigné, d’une plume chaleureuse  proche du texte  original fidèle dans son esprit comme dans ses descriptions. De caractères et de mœurs. La Provence pour les parisiens de la moitié des années 1800 est encore un territoire inconnu !   Achevé en fin de séjour à Saint Rémy de Provence, non loin de Maillane où séjournait Mistral  Gounod a suivi le conseil  de venir sur place admirer les “fillettes “provençales après avoir connu l’Italie en un séjour fructueux.

 

La mise en scène de Robert Fortune suit en tous points les lieux et les dates de cette tragédie “à l’antique“ ; l’histoire de l’amour d’une jeune fille de famille aisée et d’un vannier Vincent qui tourne tout aussi mal que celle des amants de Vérone dont il fera un magnifique chef d’œuvre quelques années après.

Le père de Mireille, Ramon, propriétaire terrien imbu de son importance et de sa position, de son travail et de ses économies, la veut  épouse d’un homme, Ourias,  de sa trempe. Une espèce de fauve léché par la pratique de la tauromachie et l’argent  qu’elle rapporte, adepte d’un sens de l’honneur  dont toute humaine dimensions est exclue .Cet homme au front et à l’âme têtus se rendra compte à la fin du drame de la bêtise et de la cruauté de son attitude.

Les personnages de Mistral sont d’une vérité sans appel, sortis droit d’une façon rurale souvent brutale de vivre et de travailler sans ménagement. Les caractères sont formés au burin et d’une dimension parfois outrée. La société urbaine des gens d’Arles, d’Avignon ou d’Aix se trouvant un cran en avant dans la souplesse des mœurs du moins dans ses aspects extérieur car elle comportait toujours cette cruauté, ce mépris et cette outrecuidance des gens instruits ou possédant pour les plus pauvres et les besogneux.

Enfin la féminité est encore ici qualifiée de faiblesse et décrite comme telle.

Une fille littéralement tenue en laisse par son père jusqu’à ses 21 ans…est sensée tomber sous la coupe du mari ensuite.

La production d’Avignon a fait un joli voyage depuis les Chorégies d’Orange, les maisons d’opéra de Nantes et Marseille comme le théâtre de Lausanne participant à cette production également.

Robert Fortune dont on ne dira jamais assez l’intelligence et la perspicacité d’interprétation  de ses mises en scène, joue d’une terre  chaude et brune sur laquelle en de nombreux endroits la pluie, souvent présente dans le midi, a verdi les vallons et les plaines mais qui s’achève en un désert du à la proximité immédiate de la mer, avant le fameux village des Saintes Maries. Sans passer dans l’imitation de cartes postales il restitue aux lieux leur véracité et l’on est heureux de se retrouver en pays connu. Les repas et la fête comme les cueillettes  sont parfaitement stylisés et si le dernier tableau , dans l’Église est un peu saint sulpicien, il répond à Gounod qui ne l’oublions pas fut abbé e un peu toqué de religion.

La ravissante Nathalie Manfrino qui nous régale toujours en Avignon des meilleurs de ses rôles réussit toujours aussi bien cette Mireille dont elle à toutes les qualités vocales et tout le physique. Une belle ligne de chant, des aigus parfaits, un très beau phrasé, un prononciation élégante dénuée de maniérisme et la sensibilité de l’innocence .Très belle en scène elle campe un jolie demoiselle bien en chaire et élancée. Ajoutons qu’elle possède   l’endurance du rôle, ce qui n’est pas une mince affaire.

À ses côtés le brillant Florian Laconi  avec une quinte aigue d’une assurance  et d’une justesse sans équivoque, un vibrato émouvant et un timbre personnel agréable. Des appuis d’acier et une vocalité de ténor d’une étendue remarquable qui défie les obstacles qu’il maîtrise avec force. Il pourrait ajouter à la panoplie de ses dons exceptionnels un peu de moelleux dans son style qu’il serait le ténor chérie de tous ;pour le moment il est encore fougueux et terriblement jeune.

On apprécie la prestation de Marc Barrard et Ourias qu’il campe d’un caractère fermé et hautain, d’une voix velouté,  expressive, toujours très vibrante mais sans la brutalité  que j’attends de cet être détestable campé par Mistral et Gounod.

Nicolas Cavalier est le père de Mireille. La voix rendue plus primitive par ce chanteur excellent comédien est caractéristique du personnage. Le timbre en est presque grinçant et les intentions des chanteurs clairement établies.

Enfin toujours d’une exceptionnelle  et superbe plastique vocale et d’une sonorité d’or rouge ,la voix et le jeu de Sylvie Brunet Grupposo nous ont offert le personnage si étrange et bienfaisant  de la vieille femme Taveuni peu sorcière, un peu bonne grand mère Sylvie Brunet capable de passer d’une Carmen enflammant l’arène, ou d’une Ulrica phénoménale de beauté magique  à ce personnage habillé de lainage ravinée de pluie et de soleil capable de soigner, apaiser et prévoir l’avenir au sein de cette société fermée sur elle même comme une huitre sur ses perles.

Alain Guingal à la tête de l’orchestre comme toujours avec la musique française nous apportée au délices de l’écoute. Cette musique absolument lyrique qui coule comme une source revigorante et sait devenir soudain d’une noirceur et d’une profondeur à faire trembler est vraiment son apanage.

Très beaux costumes de Rosalie Varda et décors réussis de Dominique Pichou.

Une superbe réalisation interprétée par une distribution choisie avec goût, subtilité et raffinement.

Amalthée



[1] Mistral reçut le Prix Nobel de littérature en 1904 pour son Poème Mireiou composé de douze chants en langue d’oc. 

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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