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Catherine  Foster, Brunnhilde, triomphe absolu à Bayreuth

 

Les dernières représentations du Ring [1]de Richard Wagner,  sous le règne de la mise en scène, acérée,  sulfureuse, ravageuse et hurlante de pessimisme réaliste  de Frank  Castorf ont pris fin sur un triomphe absolu. Certes la  piteuse flambée d’un baril de pétrole (Or noir aujourd’hui pour Or jaune d’hier) tandis que le Walhalla (Bourse de New York) prospère en continu, oblige à  convenir de la perspicacité  de l’ensemble de la production. Tout comme les crocodiles  (emblème du capitalisme dévoyé) qui rampent de la Fontaine de l ’“Alexander Platz“ à Berlin parlent  fort et percutent notre pensée confortablement endormie par les“ loisirs organisés “ et autre pièges pour naïfs, pour que l’on saisisse enfin combien  Castorf est  homme d’amour et de réflexion,  par sa façon de crier  violente, ironique  et sans détour !

 

Polémiques nombreuses ont parsemé les cinq crûs depuis  2013. Mais également  adhésions, aux réflexions de  Castorf sur les directions politiques parfois obsessionnelles de certaines Nations en ce moment. Castorf  dérange et avertit des incohérences de notre monde. Richesse impudique de certaines élites et pauvreté en augmentation constante voire exponentielle pour d’autres,  comme subsidiaires  améliorations  de vie, en réalité  décalées qui mènent le monde à sa perte !

 

Mais parlons musique  . Pour débattre du reste attendons les vidéos de ce spectacle, nous en   parlerons entre amis.

 

Donc triomphe de ce Ring qui marque Bayreuth à l’enseigne de ceux de Chéreau(1976) et Kupfer dans les années 90.

 

Ce Crépuscule des Dieux  atteint les sommets.  Conclusion   attendue telle la catharsis logique après les   trois  autres journées chaudes et prégnantes , par mouvements déboussolant, la  marmite magique avale cette fin,  laissée à l’avenir comme  au hasard. du monde allant  et tournant…tournant, ivre sans fin hors limite.

 

La direction  d’orchestre  avec Marek Janowski épouse l’œuvre , le chef allemand y met ses pas comme il relève le voile de ses souvenirs . Aérée , puissante, en ligne droite de la tradition allemande  allégée des pensifs pathologiques postromantiques. Marquée de brio , de sensualité, de violence,  arrachée des corps et des âmes . Haletante, vorace et fulgurante elle prend à témoin le public , l’interpelle et comme une ultime messe explose et revient à néant, tel que Wagner écrit toutes ses œuvres dans l’optique de cet ellipse qui nous prend  et ne nous abandonne jamais.

 

Les  instrumentistes assemblés à nouveau chaque année viennent des meilleures phalanges d’Allemagne et d’Europe.  Virtuose, brillantissime, le concours de solistes étincèle de talents individuels. Cohérence musicale et harmonique absolue.  Un  macrocosme accueillant l’œuvre  dans une empathie fourmillante et généreuse  à laquelle les chanteurs et les chœurs se sont intégrés en parfaite harmonie.

 

Tous, chanteurs et  chœurs  parviennent à l’ authentique pour un rendu d’ensemble magnifique. Individualités, caractères dramatiques se sont accordées avec générosité et cohérence.  Seize heures en quatre journées  écoulées comme une vie .On reteindra de ce Ring que nous avons  vécu avec lui . Nous  étions plus que spectateurs,  des témoins proches. Et  même pour certaines scènes discutées, ce qui est sain et heureux, il demeure que nous avons ressenti une proximité rare, nous concernant en propre avec les acteurs personnages    . Le sens d’une première lecture nous a effleuré parfois. C’est ainsi qu’une pièce continue de vivre dans la réalité de son époque.

 

 En conclusion, plus d’une demie heure de rappels et d’applaudissements.

 

Le clou des soirées fut obtenu par  la cantatrice anglaise Catherine Foster  qui incarna une Brunnhilde de grande stature , alliant jeunesse, enthousiasme et vertu d’identification.

 

Héroïque et noble jusqu’à le fin , accomplissant ainsi un parcours superbe , dont les trois représentations de 2017 se révèlent comme une apothéose après cinq années de fidèle représentations successives.  Marquant le rôle auquel elle a insufflé sa triomphante fraicheur vocale,  sa passion lumineuse,  une pureté aveugle de caractère  intrépide exprimés sur un souffle et une énergie physique sans faille. Émouvante et intrépide elle fut bouleversante, au délà des mots.

 

Or voici qu ‘au cours du deuxième acte  s’étant malencontreusement blessée, elle dut prendre des béquilles !  Superbe de courage, elle a   chanté le troisième acte- crescendo vocal absolu de 23 minutes-, présente devant la coulisse, tandis qu’un assistant metteur en scène mimait son personnage.

 

Fantastique ! Car nous étions au dernier acte de la dernière représentation !!!Fin du Festival ! Nous lui devons cette représentation  et qu’elle en soit  généreusement remerciée. Elle fut inoubliable.

 

Instants exceptionnels pour  tous. Remercions aussi l’assistant metteur en scène qui a pris son costume et a mimé les scènes , [2]Intervenir à chaud sur une scène dans un rôle muet sans être acteur relève d’un défi peu courant. Nous avons  retenu notre souffle !

 

 Catherine Foster depuis 2013[3]demeure la Brunnhilde unique de cette production, elle nous a  confondus d’une joie profonde. D’une part par sa prestation d’année en année en progrès vers  une caractérisation et une interprétation de ce rôle parfaitement cohérente avec l’œuvre et   s’étant libérée de très lourds clichés dus aux souvenirs discographiques et historiques du personnage. Rôle  Ô combien risqué et sublime pour lequel elle a transcendé le personnage  d’une  superbe énergie.  Sa  voix s’est approfondie avec la plénitude de souffle et la chair irisée du timbre qui

 

s’ affermirent chaque année d’avantage. Les  passages de registres  liés sans faille et la prosodie  jouant sur les couleurs intensifiées  marquent désormais  le caractère du chant.  Une prononciation quasi  instrumentale tenue haute  jusque dans  la fusion étincelante des  “lances“    des stances finales. Ce glas suprême, tel un monologue   aveuglé de joie ivre et de désespoir extrême se mue en appel à l’éternité de la déesse sacrifiée aux flammes de la régénération. Rarement grâce et  force persuasive de cantatrice auront eu cette portée sur l’auditoire dans l’accomplissement  d’ une étape capitale dans sa carrière . Elle  a obtenu  ce soir là un triomphe indescriptible de sympathie et d’amitié et  toute l’  admiration d’un public raisonnable et heureux.

 

Face à elle tout d’abord le Siegfried de Stefan Vinke . Indiscutable, incontournable et remarquablement bien dans son rôle. Ce Helden ténor rêvé incarne  Siegfried sans à l’état naturel sans problème. Pas de voile, ni de rature sur le timbre, pas de syncope  pour “racoler le public“, une  ligne vocale gainée, un souffle impeccable, tenu et conduit en force attentive. Musicalité et énergie associées à l’ intrépidité d’un instinct  dominateur. De ce rôle et de ce personnage dont l’évolution depuis la précédente journée (Siegfried)  est malgré [4]tout subtile,  il nous entraine . Tout  se passe admirablement. Solide, bien timbrée, la voix  monte et fuse  en souplesse sans que l’on sente l’effort. Prononciation claire, parfaitement audible,  il possède ce don d’ubiquité indispensable. Ce “chaste fol“[5] des débuts (Siegfried) saisi par le filtre de l’oubli (second acte du Crépuscule) déambulant de séduction pour Gutrune , d’oubli de l’amour juré à Brunnhilde …  soudain saisi par la réalité de sa trahison, allant droit à la mort.  Une immense capacité scénique, qui hélas dans cette mise en scène n’est nullement prise en compte[6]. Cependant le personnage est si éclatant de talent que l’on se contente…

 

L’or du Rhin

 

La Walkyrie

 

Ayant commencé mon reportage par la chronique du Crépuscule des Dieux, Dame Brunnhilde  Catherine Forster oblige ! Revenons au Prologue : L’or du Rhin avec le  premier rôle, Wotan assumé par Jan Paterson . Vocalement crédible, se laissant porter par le chef et le metteur en scène, avec un semblant d’intérêt et une lassitude visible.  La mise en scène en fait un semi proxénète, patron de Motel. Il est cocooning, hâbleur, veule, soupe au lait, protecteur. Joue  son rôle en se vautrant.  Ça fonctionne ! Il est clair  qu’il n’assumera pas  les deux autres journées[7]. Et donc qu’il est dépourvu de versatilité vocale et scénique. Ce qui pour un chanteur d’opéra est regrettable.

 

C’est le problème de la distribution de ce Ring. Un Wotan qui n’en est pas un au début et puis deux autres chanteurs pour les journées suivantes.  Le personnage réduit à cette dimension perd de l’ intérêt et  ne semble pas se projeter dans l’avenir. Or Wotan est la colonne vertébrale du Ring !

 

Les Filles du Rhin  Alexandra Steiner WoglindeWiebke Lemkuhl Flosshilde et Stephanie Houtzeel Wellgunde, en revanche sont portraiturées à merveille. “Demoiselles de petite vertu“ ! Blondes, rondes, peau de pêche, maquillage à ravir, sensuelles, tendres  évoluant vers  une violence acérée et cruelle habilement dissimulée sous les gestes de charmes  confondants et tentateurs. Les voix sont de la même ferveur et d’une fraicheur étourdissante ,laissant passer un voile ironique et pervers sur de somptueuses et pulpeuses envolées et inflexions lyriques. Belle école de chant.

 

Des deux géants,  Fafner de Karl Heinz Lehner [8] se remarque d’avantage compte tenu de la longueur du rôle ; cependant le Fasolt de Günther Grossböck lui est semblable pour le jeu de scène et le  talent vocal. Deux basses d’ ampleur et de jeunesse spontanée et qui marquent leur personnage de leur caractère propre.

 

Remarquable  Fricka Tanja Ariane Baumgertner, l’épouse du Dieu (Wotan), amplitude vocale, personnalité tranchée…nous la revoyons à son sommet à l’étape Walkyrie plus loin. Caroline Wenborne joue mièvre , Freia, la déesse aux Pommes d’or, victime des enjeux. Cependant le chant est parfait, la voix limpide et la prosodie remarquable. On a beaucoup aimé la voix profonde et basse de Nadine Weissmann qui est Erda . Je la préfère à son ultime apparition dans Siegfried pour le jeu scénique, la voix n’a rien de très subtile, elle chante juste mais il y manque de l’ampleur et du caractère.

 

Les deux interprètes  masculins marquants de ce prologue sont le prodigieux  Alberich d’ Albert Dohmen et le  remarquable  Mime de Andreas Conrad. Deux compositions élaborées avec inspiration et  naturel spontané.

 

Alberich, personnage inverse de Wotan,  Albe noir vaincu à la suite du vol de l’Or du Rhin et de son stratagème pour dominer le monde au moyen de l’Anneau, forgé par Mime dans son atelier, prend avec  Albert Dohmen  une dimension phénoménale . Le personnage  par le caractère à la fois tendu de haine et d’intelligence tétanise ses adversaires .La voix très bien conduite conserve souplesse, énergie, équilibre et ductilité au travers des années et des rôles nombreux de ce chanteur  depuis son Wozzeck à Salzbourg [9] ,  son Wotan ici même à Bayreuth [10] et à Lucerne en 2013.  Le mordant de la prosodie demeure admirable, la colère, l’abjuration, puis  la malédiction  teintées d’un mépris total, amplifiées du serment de vengeance irréfragable, irrécusable et fatalement tranchée de la part de l’interprète sont incomparables . Ses interventions  lancées chantées avec l’appui vocal idéal collent et se détachent tour à tour de l’orchestre, avec un naturel parfait. Son discours, musicalement placé sans cri et en fusion coule jusque dans ses derniers retranchements.  Il  tient Wotan et les siens en état de malaise…Ceux qui volent son œuvre, et se précipitent pour en avoir une part . Cet anneau, ce Tarnhelm, cette épée (que tout le monde oublie) et que Wotan ramassera une fois les géants ayant tout emporté ! Tout ce pourquoi  Alberich a abjuré l’Amour. Le trésor. Nous devinons qu’il le détruira plutôt que de le leur abandonner.  Lui, qui, tel un chien boxer accroché au Taureau dans l’Arène tient sa proie, ne la lâche pas. Lui entravé physiquement, contraint de se laisser mettre à nu par cet ennemi haïssable profiteur de la sueur des autres , les fait  reculer . Et l’on est saisi , comme Wotan et les autres par ce qu’il profère saisissant de réalisme et superbement chanté .

 

Quant au Mime d’ Andréas Conrad  il traverse l’écran et nous en parlerons plus en détail pour Siegfried.

 

La mise en scène  de la Walkyrie, demeure la plus sage, la plus naturaliste . C’est la journée romantique et l’on est heureux de retrouver l’anglais Christopher Ventris en Siegmund émouvant, pudique, désespéré et passionné. La voix de ténor riche en aigus possède un medium barytonale de qualité. Très héroïque, son passage de prise de l’épée est impressionnant. Son  timbre émouvant convient à ce rôle humain,  et fataliste voué à la mort et au malheur qui brûlera d’un éclair de passion fulgurant et s’éteindra en apothéose.

 

Belle et remarquable voix de musicienne accomplie. Telle est la Sieglinde de Camilla Nylund  dont le jeu de scène est naturel, le chant somptueux, inspiré , émouvant aux larmes…Son ultime scène face aux Walkyries avec le : Rette mich …puis O hehrstes Wunder[11] transcende l’espace et ensorcelle la salle par la beauté du chant, la prosodie fluide et la prégnante passion exprimée.

 

Au premier acte Le Wotan de John Lundgren avec son allure de pasteur méthodique glace le sang. Ce Wotan, tout aussi menteur et calculateur que le précédent dans l’Or du Rhin colle  intelligemment au personnage ambigu. La voix  parfois martelée atteint les extrêmes avec les couleurs et les inflexions qui convainquent de son autorité, mais également de sa faiblesse due à ses énormes erreurs , Ses Adieux à Brunnhilde (dernière scène) lyriques, bien prononcés… Mais on a entendu plus prenant et surtout plus ample sur le plan vocal…plus musical aussi. Bon il n’est pas mal, mais la Fricka de Tanja Ariane Baumgartner le dépasse de loin ! Elle porte la “scène de ménage “ à elle seule. La voix de mezzo aux graves chatoyant évoque à merveille la déesse outragée qui entre dans la faille  et   l’aigu fruité et docile conserve une élocution de rêve pour clouer les réaction de ce Wotan en perte de vitesse, dont elle parvient à obtenir ce qu’elle exige.

 

Georg Zeppenfeld  nous sert un Hunding intéressant,  guindé. Vocalement en retrait et beaucoup moins crédible que dans Parsifal pour Gurnemanz.

 

Les  huit Walkyries sont superbes vocalement et scèniquement.

 

Siegfried    Crépuscule des Dieux

 

Siegfried tient la place de plaque tournante  dans l’œuvre ; c’est par Siegfried que Wagner commença la composition et qu’il  s’ interrompit avant la fin de l’ épisode. Lors  du triomphe et meurtre du Dragon Fafner . Laissant son héros sous un tilleul à dormir.

 

Ensuite ,L’oiseau de la Forêt intervient dans un costume somptueux sur scène,   Ana Durlowski en est l’heureuse  interprète . Ici  la mise en scène la présente en scène,  jouant avec Siegfried sur  l’Alexander platz Berlin devant la bouche du métro.  Dotée d’une superbe voix ascensionnelle à l’aigu jaillissants perlés , planant aux cimes et d’un legato saisissant de justesse. Jouant en  femme raffinée la première à émouvoir les sens du héros . Elle parvient  à  susciter l’idée de l’éveil de l’Homme de chair  Siegfried  . Une belle figure  entre l’irréel  et l’immortalité figurée.

 

Le premier acte a été tranché, brûlant  .  Stefan Vinke développe sur un souffle d’une solidité absolue l’intégralité de ses passages d’enfant  des bois.   Dans un dialogue en apparence débridé mais surtout d’une cruauté et d’un réalisme terrassants , face à Andreas Conrad (Mime)  . Les deux  parviennent à  une authenticité et à soulever  

 

un intérêt prodigieux. Répliques en hauteur. Tendues , haletantes jouées serrées .  Partie de Poker-menteur d’une fantastique objectivité vocale,  couleurs et  prosodie  violemment efficaces . Deux ténors de couleurs différentes et de styles contraires brandissant  leur  haine mortifère  réciproque dans l’éclat de timbres sans taches ,sans éraillement. L’un exprimant  la volonté revanche contre la puissance imposée [12]qui le broya jadis  , l’autre son désir de liberté absolue et d’amour éperdu.  D’entrée de jeu tout laisse deviner que l’affaire va tourner à fond . De gifles vocales en coups de poing musicaux , tout vole en éclats comme les  jets de pierres .Et Mime périt de la main de Siegfried comme une loque ,ayant craché un venin putride.

 

Stefan Vinke  rend à l’air de la forge sa puissante détermination  et sa jeunesse vocale irradiante, il  forge et donne  forme  à l’ épée comme à un talisman. Il ne force  la voix à aucun moment  et accroche sa quinte supérieur aux étoiles , tandis que le phrasé et le timbre redeviennent de miel à l’éveil de la Walkyrie. Il avance , administre à  Mime  l’ inéluctable  leçon de son pouvoir ,  l’autre rebondit en montant au registre trial avec des teintes incroyablement fortes ,rageuses contenues par instant et pourtant musicales. On baigne dans ce premier acte avec des frissons d’admiration pour ces deux jeunes chanteurs dominant deux des rôles les plus passionnants et épineux en composition du répertoire

 

La suite se fait avec le dialogue titanesque : Albert Dohmen en Alberich et le troisième Wotan de la distribution , ici   Wanderer, Le Voyageur, le remarquable  et  jeune Baryton basse Thomas Johannes Mayer . Une superbe découverte .  L’allure et la voix conviennent  enfin au personnage autoritaire ,dictatorial mais proche de sa chute. Il colle  à la mise en scène comme à la direction d’Orchestre de M. Janowski . Tout paraît  aisé , naturel . Tutélaire, une dernière fois   face à Siegfried il abandonne la place , navré mais fatigué d’être grand . Et  vocalement comme  par ses arguments si bien énumérés il cède avec ce même et admirable diminuendo que dans les Adieux [13] La scène avec Mime ( premier acte) le montre d’une maitrise vocale parfaite, musicalité impeccable , timbre séduisant sans être exposé à l’excès , chaleureux qui  prend l’auditeur sous le charme et commence le travail de sape qu’achèvera Siegfried.  Une conduite  vocale disciplinée et soignée  tel un trombone ,  souffle en place,  prosodie impeccable. En visitant sa jeune  carrière on comprend ce don de versatilité et de virtuosité  absolu.  Mozart, Richard Strauss  et face à Alberich comme face à Siegfried et à Fafner il est lui ! Wotan polymorphe et incontournable. Culoté, fat , flagorneur mais nostalgique. Une rencontre avec le public très réussie. Nous le reverrons .

 

On retrouve l’Alberich d’Albert Dohmen, fortement tenu , toujours obstiné, passant l’orchestre et imposant sa volonté. Digne, autoritaire sans détour : le Nibelung auquel appartiennent l’Or et l’anneau : est bien  lui ! Taillé à la serpe avec la voix qui s’impose à tous !  Sans aucune ride . Digne et revêche face au Wanderer qu’il Impressionne  malgré le dénuement apparent qu’il montre. Cet interprète fidèle aux œuvres et au compositeurs  tient ses rôles magnifiquement depuis le début de sa carrière et sait y évoluer vers les meilleures compositions.

 

Nadine Weissmann se place au dessus d’elle même ici en Erda . Quoiqu’elle manque de nuances vocales et expressives, ici elle parvient ,dans cette mise en scène à être crédible.

 

Il reste que Le Hagen de Stephen Milling est aussi une découverte car la voix sépulcrale et tonitruante emplit l’espace de la salle telle un dragon surgissant de l’enfer, (Crépuscule des Dieux) . La Waltraute de Marina Prudenskaya , la Messagère des Dieux ;véritable perle vocale , alliant force ,  musicalité, douceur d’un ambitus gainé .Une   magnifique  et persuasive prestation qui se révèle face à La Brunnhilde de Catherine Foster [14]d’une force égale, rageuse et puissante de désespoir .

 

L’orchestre du festival comme toujours a interprété ces seize heures de musique d’une façon superbe. Marek Janowski à soixante dix huit ans n’a pas laissé sa phalange ni ses chanteurs aller seuls. Il a été d’une présence chaleureuse, attentive et généreuse.

 

Certes il s’est trouvé des passages dans la mise en scène difficiles à comprendre. Mais depuis Chéreau (1976) et Kupfer années 90, cette production prend une place très importante  dans l’ordre de Bayreuth.  Wagner en son temps a dénoncé les maux endémique de l’homme, sa volonté de domination, ses ambitions inutiles et vaines et les méfaits de l’argent pour le plaisir de l’argent et la domination. L’argent  mal acquis et le pouvoir confisqué au mépris du travail et du génie humains, arbitrairement possédé et exercé par ceux qui se trouvent-souvent- plus menteurs et malins que les autres.

 

Avec Franck Castorf  le débat demeure ouvert comme avec Wagner. Le Crépuscule des Dieux est une passage…une épopée dans la poursuite du  destin du monde et  sa fin plus ou moins  proche ou lointaine. 

 

Le Ring reviendra à Bayreuth en 2020.

 

Amalthée

 

 

 

 

 

 

 



 

[1] Je rappelle que le Ring comprend quatre étapes : l’Or du Rhin, la Walkyrie, Siegfried et le Crépuscule des Dieux.

[2] Le jeune homme mesure une vingtaine de centimètres de moins que notre cantatrice véritable statue antique !

[3] En 2013 –année du bi centenaire Wagner-est intervenue la nouvelle mise en scène du Ring par F.Castorf avec Catherine Foster en Brunnhilde. Elle aura ainsi assuré toutes les représentations des cinq années.

[4] Il est celui qui doit sauver les Dieux tels que Wotan le voulait…

[5] Wagner a une prédilection pour ce genre de garçon…aboutissement absolu dans Parsifal

[6] C’est un de mes profonds regrets

[7] Walkyrie et Siegfried. Il est e tradition que le même chanteur remplisse les deux Wotan et le Wanderer. Le cas de ce Ring est pratiquement unique de changer de Wotan à chaque  épisode.

[8] Qui survit à son frère dans la walkyrie et dans Siegfried

 

[9]  1997

[10] 2006-2010

[11]  Sauvez moi…  sublime miracle

[12] celle d’Alberich son frère qui le tient en esclavage et le fait travailler pour lui

[13] Que cet interprète ne chante pas à Bayreuth dans cette mise en scène puisque le passage est dans Walkyrie. C’est l’inconvénient majeur de pratiquer avec trois interprète pour ce rôle qui justement est un rôle de composition.

[14] Largement commentée premier numéro

 

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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