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Par Jean Marie Cartonné

 

 Le théâtre est un art éphémère qui meurt avec le salut final  Jean Marie Cartonné[1]

La vie est une comédie pour ceux qui pensent et une tragédie pour ceux qui ressentent

Horace Warpool

 Au dix-huitième siècle le corps pur et le coeur frêle une belle petite fille de douze ans  dont la mère a abandonné le père et l’ auberge pour monter sur les planches d’un théâtre de fortune et changer de condition, ne pèse pas lourd dans la conscience de ce même père.

Qu’importe la fragilité de cette délicate fleur à éclore…nous ne sommes plus à lire Pierre de   Ronsard . Et les Femmes Savantes  péroreraient en vain et bien loin, même si l’auberge du père de Clarisse se trouve non loin de Versailles et de son Palais royal

Le valet de chambre du “Bien Aimé“[2] recrute alors, les biches du Parc aux Cerfs . Ce lupanar luxueux et fétide de la majesté croulante ou écroulée mais encore animée d’ instincts sexuels triomphants, recevait le produit de la chasse aux tendrons féminins. Ces  victimes  recevant selon le plaisir pris par le royal amant , une compensation en monnaie sonnante pouvait  parfois apporter de quoi faire une vie enviable. Ou bien ces filles partaient vers le ruisseau!

Si La du Barry est passé à l’histoire en perdant et son château et la Révolution venue , sa tête…Clarisse  après avoir subi un viol dans l’horreur d’une nuit glaciale parvient à surmonter et laisse au monarque un trace d’émotion   Au point que la faveur du maitre transmise au valet si elle ne fait pas oublier les cauchemar de la femme enfant terrorisée, lui permettront le courage du fuir ce père infâme qui l’a vendue .

 Montée sur les planches des foires, Saint Germain, puis Saint Laurent à Paris[3] avec Signore Arlequin  , deux ans  plus tard  elle gravit  celles de la Comédie Française .

Elle reçoit parures et robes somptueuses qui sont la marque de celui qui fait veiller sur elle.

Elle utilise  le  carrosse mis à sa disposition  avec son cocher Adrien , pour abriter , une existence de saltimbanque. Ainsi elle partage les honneurs de donner des leçons de théâtre à la jeune Dauphine[4] sous la houlette du comédien Dalencourt qui a quatre fois son âge et la considère comme sa propre enfant.
Le royal amant trépassé elle reçoit la protection  de celui qui la met “ dans ses meubles“, un Marquis ruiné d’une parfaite courtoisie en charge ses soins rendus à la Cour pour le théâtre et ses loisirs . Il la protège et lui permet de respirer , d’être belle comme Phryné devant l’aréopage, et de jouer .Une suite de quatorze années à la sortie desquelles elle se trouve tout aussi démunie face aux évènements qui se succèdent à partir de 1789. Adrien est l’ ami, le garde du corps, le  soutien incomparable et absolu.Il est le carrosse…

Le marquis fuit avec le temps et la royauté expirée  et les nouveaux maîtres des théâtres feront passer de vie à trépas une bonne part des comédiens et autres artistes. Le temps n’est plus pour les courtisanes au destin protégé. Elle a donné, par bonheur naissance à  Claude conçu avec un obscur poète. Claude devient régisseur, fier  saltimbanque qui le demeure avec bonheur. Un  gamin puis un homme , le seul sur lequel cette femme rompue à toutes les épreuves peut matériellement compter. Un petit général d’empire prend la place du marquis sans la remplir …la fierté ou quelqu’instinct empêche Clarisse d’accepter le mariage…Le carrosse change d’armoiries, mais demeure celui de Clarisse et des amis jusqu’à un certain jour de trouble féroce qui voit sa fin.

Clarisse connaît tout de cette existence passionnante , hybride , luxuriante et vide à la fois. Sortie par miracle des prisons de la Révolution, puis des cahots des deux abdications napoléoniennes après avoir passé l’empire sans trop de dommage et même assez à l’aise, elle suit le destin des comédiens sous la Restauration.Peu à peu les richesse durement mises en épargne seront vendues. Et l’on joue chaque soir…

On apprend que tout costume  porté appartient à celui qui le porte en tout temps et en tout lieux à chaque  heure. Et que : si l’habit ne fait pas le moine  comme dans le proverbe, l’habit faisait le comédien. D’où la première nécessité d’avoir la possibilité de mener grand train.

On a plaisir à connaître un peu la personnalité de Talma, acteur qui permit au jeune “Buonaparte“ lieutenant sans le sou, de satisfaire son amour du théâtre . Talma lui conseilla de franciser le  nom corse, et lui donna des indications de diction.

On prend connaissance avec curiosité et grand intérêt de la façon dont a vécu, puis évolué la première troupe de théâtre rémunérée par l’état[5] .Comment elle s ‘est forgée pour passer de Comédiens du roi, puis Comédiens de la révolution, de la république, de l’Empire etc. Et enfin, à la vénérable  Comédie Française , Maison que nous admirons encore.

Et, comment certaine pratiques ont permis sa survie comme ses déviations. On compatit à cette existence  presque toujours achevée dans la misère, la solitude , le dénuement.Et jusque l’excommunication!

Un destin dans lequel se réfugièrent autant d’ambitieux que de rêveurs. Dans lequel le talent, la générosité s’essoufflent , s’étiolent malgré la foi, le feu sacré.  Ils attendent du public plus que du succès, de la flatterie voire même  une honnête rémunération , ils souhaitent atteindre l’oubli de la misère ambiante, l’oubli de l’oubli du monde. On les méprisait et pourtant on les appelait au secours des misères du temps.

Le récit est foisonnant, drôle par instant, toujours tendu par une force narrative riche et ample de connaissances originales , historiques, humaines et remarquablement dosé sur le plan psychologique. Il nous semble nous même dialoguer avec ces personnages.

L’amour du théâtre et de ses gens qui le font et en font l’existence, de leur coeur, de leur chair, leur sang, de leur intelligence…de leur vie, palpite sous cette plume acérée et sensible. À nul instant un parti pris ne survient. L’histoire coule d’elle même naturellement, inlassablement vers l’océan du temps enfui. Comme la vie injuste et tragique de tout être amputé de l’amour d’enfance ne fait que rebondir sur la chance, ne peut se fixer au simple bonheur de vivre tant les rêves qui pourrait guérir l’ont porté au delà de la tragique souffrance de l’abandon.

Sous les masques multiples de ces acteurs si bien distribués, l’âme de chacun vibre à nu.

Pour connaître  les acteurs, les chanteurs et autres saltimbanques que j’aime et dont le sang coule dans mes veines; sous des allures de récit historique passionnant et coloré, j’ai découvert une tragédie admirablement écrite et  de grande envergure qui m’a prise jusqu’au plus profond de l’être.

 

Une vie de Carrosse

Éditions Héloïse d’Ormesson

Amalthée

 

 

 



[1] (  propos prêté  au grand acteur Talma)

[2] Surnom donné à Louis XV dans sa jeunesse

[3] Nombre de théâtres de tous genres existaient ainsi à Paris

[4]  Marie Antoinette plus tard reine

[5] à l’époque le pouvoir royal

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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