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La ville de Mozart reçoit Richard Strauss

Arabella

Deux  concerts et un opéra suivent, celui dont je vous parlais la semaine dernière, ils continuent la tradition de ce festival en deux cycles.

Semaine des Rameaux (1)et semaine de Pâques (2).

Christian Thielemann choisit le Also sprach Zarathoustra (Ainsi parla  Zarathoustra) pour son second concert avec en entrée de jeu Maurizio Pollini dans le célèbre et merveilleux Concerto pour piano et orchestre de Mozart K 467 numéro 21. En do majeur, avec son second mouvement enveloppant, nostalgique et fugace, sa douceur intemporelle dont Olivier Messiaen disait que la mélodie en était la plus belle de Mozart.

Karajan [1]lors de son Grand Échiquier [2]tint à jouer lui-même cette partie au piano   aux côté des musiciens de la philharmonie de Berlin.        

Œuvre   nous vient de 1785, une année avant les Noces de Figaro, fut créé par Mozart au clavier pour le public du Burgthéâter.

 

À tant l’écouter  sait-on encore si Maurizio Pollini, âgé de 72 ans, au naturel peu communicatif, voire assez froide, joue cette pièce dans  l’épanchement et la sollicitude voulus ? Il sembla hors de portée du public, comme happé par un avenir incertain, la fatigue rivée au visage, peut-être cloué par l’émotion ! Un tel niveau  d’interprétation se partage, d’habitude, avec tant d’amour  que l’effet produit sembla plus convenu et compassé qu’imprégné d’un véritable sentiment.   Mais  nos souvenirs se bousculent aussi…je revois Maurizio Pollini avec Abbado [3]ou Muti, ici à Salzbourg, Bologne ou Vienne et tant de fois ailleurs, que cet ‘ encore ’ me semble comme  une page oubliée soudain revenue .

Au dehors les oiseaux du printemps chantaient sur toutes les branches reverdies à neuf. Et les parterres resplendissant de tulipes et d’iris aux couleurs multiples…chantent l’espace d’un printemps entre soleil et nuages. Nous sommes là ! Salzbourg, tant imprégnée de la mémoire mozartienne que ce concerto semble naturellement sorti de quelque fenêtre d’un palais baroque et connaissant si bien ville et musique, il me paraît difficile de juger de l’interprétation entendue ce soir d’avril.

Toutes les grandes cantatrices depuis Kirstin Flagstadt en 1950 ont chanté les Quatre derniers lieder de Richard Strauss composés à la fin de sa vie et que l’on tient pour son testament musical .Trois textes, Printemps, Septembre, Temps du sommeil sont de Hermann Hesse[4], un, Rouge du Couchant  de Joseph von Eichendorf. Au  crépuscule accompli  d’une  vie de couple “ Hand  in Hand“ (main dans la main),l’homme parle de la rivière, du printemps, de Septembre et de sa mélancolie ,  du soleil couchant…toutes ses pensées mêlées qui ne sont pas le fait d’une âme voulant encore accueillir le glorieux matin de demain !

Les lieder écrits pour voix de soprano lyrique, dans l’ambitus et le grain vocal des rôles de prédilection de Strauss ne conviennent qu’à des cantatrices de haut niveau.

Avec désormais le  cinquième et dernier, les  Letzte Lieder  voient leur boucle d’ultimes poèmes musicaux se refermer.

Depuis quasiment 1992[5], on attendait Malven (Rose trémière). Partition à l’état d’accompagnement piano, demeuré  en possession de  sa dédicataire la soprano Maria Jeritza 1887-1992, d’origine tchèque/ autrichienne devenue  américaine , disparue à Orange ( New Jersey) après une carrière superbe et quatre mariages.

Créatrice de Ariane dans Ariane à Naxos, de Hélène d’Égypte et  Salomé interprète de l’Impératrice de  La Femme sans ombre, Octavian du Chevalier à la Rose,  R.Strauss  composa et offrit  Malven avec cet autographe :Pour bien aimée Maria ,cette dernière rose. Les paroles de Betty Knobel, journaliste suisse et la dédicace de Strauss, donnent à savoir, quand bien même la fleur : mauve[6] existe, qu’il s’agit de la Rose trémière [7]d’après cette phrase descriptive  « inodore, et drainée de lueurs pourpres ressemblant à une larme tachée et le visage pâle, baigné par la lumière céleste de l’or ». Un hommage daté du 23 novembre 1948. R. Strauss meurt un peu plus d’un an après…Maria ne chantera jamais en public cet ultime message d’amour ?[8] D’amitié certaine, car il était reconnaissant à Maria de son aide après la guerre dans la vente de copies manuscrites  de certaines de ses œuvres  les plus populaires.

Maria Jeritza lors  d’une entrevue avec Zubin Mehta demeura très vague sur l’éventualité de publier la pièce de son vivant. Pour conclure cette partition fit l’objet de convoitises très serrées et  l’épouse du chef d’orchestre assista à la vente du manuscrit par les héritiers de la cantatrice. L’acquéreur qui dépensa 60.500 dollars pour cet achat demeura un temps  anonyme.

Les mois et années passèrent, il fallut encore l’autorisation des héritiers de Strauss pour  que dame Kiri Te Kanawa puisse en donner la première en concert.

Le festival de Pâques de Salzbourg en partenariat avec l’Orchestre de la Saatskapelle de Dresden, cette année, en commémoration de la naissance du compositeur obtint  du dernier fils de R.Strauss, l’autorisation de faire orchestrer ce chant. Orchestration confiée à Wolfgang Rhim.  

Nous avons donc assisté à cette première mondiale de quelques minutes, avec l’interprétation des quatre autres chants. La mélodie s’en accorde parfaitement et le tout demeure dans son enchantement premier.

Saluons avec enthousiasme l’intensité  solaire et épanouissement du chant de

Anja Harteros qui a déclamé en authentique poétesse  ce cycle. D’origine grecque et allemande elle maîtrise et la langue et  le style de ces lieder dans un épanchement qui laisse passer la radieuse richesse de sa voix et le ton si envoutant de ce répertoire  “réservé“ auquel Strauss a donné tant de lui-même au travers de la voix de soprano.

Anja  Harteros magnifique et passionnée Reine Elisabeth du Don Carlo de l’été dernier sur cette même scène du Festspielhaus de Salzbourg, a porté ces chants à leur apogée en un appel de cygne éblouissant de sentiments tenus, imperceptiblement transmis de son âme au tréfonds de l’âme de l’auditeur. Chaque mot, chaque phrase dans le ton d’une intense, fragile et fugace émotion montant comme envolée vers le ciel apaisé de ses tourments par le soir, et chaque moment résonnant ,musical, animé de la saveur d’un ultime délice qui se perd, hélas, sur l’heure.

Le legato idéal, équilibré sur les registre harmonieux et le timbre charnu, souple n’ont d’égal que cette intonation en permanence laissée libre d’un vibrato bien venu, toujours musical… Le tempérament dramatique se découvre dans ces chants “heureux “d’une mélancolie à la fois triste et fataliste.

Le troisième concert  confié à Christoph Eschenbach fut une heureuse surprise pour tous. Ce chef fut en ses jeunes années un talentueux concertiste pianiste, puis il vint à la tête de l’Orchestre de Paris. Mais en raison de mon éloignement de la capitale en ces années là, je ne l’avais jamais écouté comme chef d’orchestre.

La présence de Gauthier Capuçon au violoncelle pour le Don Quichotte ajoute à la perfection du  concert. Ce poème symphonique avec sa déclinaison des faits du personnage immortel de Cervantès, présente le héros avec une partie soliste  au violoncelle solo. Il  est emblématique de la vie de Strauss. Créé à Munich en 1897 la fresque chevaleresque, comme le déclare le compositeur dans une sorte de sous titre, fut jouée par le très grand Paul Tortelier sous la direction de Richard Strauss à Monte Carlo. Ce fut la Première “française“ de l’œuvre.

Par certaines qualités de phrasé, l’aspect volontaire et puissant de ses interprétations et sa liberté maitrisée de jeu, Ganthier Capuçon rappelle Tortelier. Ce caractère indépendant mais fidèle, énergique et soigné qui porte le jeu à une extase contrôlée et chaleureuse…L’œuvre  atteint à la joie puissante de jouer et le tempérament tendu et passionné rend absolument les moments tragiques en mettant parfois le feu aux poudres. La fin solitaire est admirable peinte dans sa pudeur et son amertume et le  raffinement du trait mortel d’une décoloration du jeu qui  porte l’intensité de l’émotion auditive aux larmes. À cet ultime instant le cœur éclate comme celui d’un enfant injustement puni.

La complicité avec le chef et l’orchestre fut absolument idéale, les intonations et les échanges d’une limpidité intense et le passage de l’Alto solo, Michael Neuhaus, qui figure Sancho Panza furent aussi un parfait moment.

En seconde partie Eschenbach nous a donné de Wolfgang Rhim, Verwondlung 2 une musique pour Orchestre très réussie. Et surtout Don Juan, Poème Symphonique .Il avait donné en entrée de concert l’ouverture du Don Giovanni de Mozart. Un heureux mariage de type héroïque et grinçant  que domine tout de même l’idée d’une tragédie en permanence surmontée dans la destinée de l’homme.

La direction de Christoph Eschenbach se révèle passionnée, enflammée et passionnante par des instants d’alchimie secrète. Le chef travaille en économie de gestes  mais cette sobriété n’est qu’apparente car en quelques minutes il communique un jeu puissant à ses auditeurs. Il a conquis son public très naturellement et cet orchestre d’une qualité absolument incomparable de sonorités authentiques et luxuriantes. Son bis, la danse de Salomé de Strauss bien sûr ! Fut une chose inouïe. Toute la palette orchestrale est montée à l’assaut de la salle comme un feu d’artifice !

Enfin le dernier jour nous avons assisté à la représentation de Arabella.

Dernier  fruit de la collaboration de Hugo Von Hofmannsthal, le librettiste attitré de Strauss. Il s’agit d’une comédie lyrique. Le sujet en est simple : il faut marier Arabella richement car le Comte Walder son père s’est ruiné au jeu. Ayant fait appel à une de ses vieux amis de ses années militaires au service de l’Empereur, le Comte Mandryka, seigneur de Croatie, il voit débarquer un homme encore jeune…Une série de quiproquo provoqués par la dissimulation de Zdenka, la sœur de Arabella en Zdenko jeune garçon malgré elle et le fait que Matteoofficier est amoureux de Arabella, qui par ailleurs rencontre Mandryca avant qu’il lui soit officiellement présenté donnent un ton de vaudeville à la Feydeau à cette histoire. Il y  a chipotages et fâcherie. Mais le fond est superficiel et snobinard malgré quelques traits de poésie certaine. Ce n’est pas un chef d’oeuvre !

La pièce remporta pourtant un très grand succès en 1933. Cela dit malgré les représentations conjointes cette année à Salzbourg et à New York aux  mêmes dates, je ne suis pas convaincue.

La distribution sous la baguette de Christian Thielemann donne un peu dans la revue des “chefs d’oeuvres en péril“ ! Car en Arabella, Madame Renée Fleming dont j’ai toujours vanté le legato de miellés aigus filants et perlés, le phrasé enjôleur et la beauté physique d’une star, me semble un peu  à bout d’argument pour figurer une jeune et fraîche jeune fille ! Ce cœur battant d’un premier amour de printemps ressemble à une dame bien conservée qui dissimule les années sous les fards.

La voix manque de puissance et d’élan…Elle fut extraordinaire en virtuosités et acrobatie, à présent il lui faut opter pour des rôles de composition et éviter les jeunes premières.

En revanche admirons la magnifique interprétation de Thomas Hampson en Mandryka. Le tempérament et le caractère vocal sont en parfaite symbiose avec le personnage d’une noblesse souriante et pourtant assez sourcilleuse. La voix est d’un parfait équilibre entre note graves et assombries par l’expression à donner et la clarté d’un timbre qui garde son chatoiement naturel. Parfait chanteur de lieder, de mélodies et de concert, il n’en demeure pas moins l’un des grands baryton de notre époque.

Parfait également le Comte Walder d’Alfred Dohmen, un rôle  intéressant et vocalement équilibré qui lui convient.

La présence en Zdenka de la charmante et pétulante Hanna-Elisabeth Müller  éclaire la soirée du rayonnement de la jeunesse. Animée d’une belle prestance physique, son chant  est  travaillé et dosé pour donner l’impression exacte de ce personnage double, dont la composition n’est pas évidente à première vue ! Passer d’un jeu de jeune fille à celui de garçon effacé  en modulant à point certaines expressions demande de l’intelligence et de l’à propos.

Pour l’ensemble du festival il faut rappeler l’excellence de cet Orchestre de Dresden absolument merveilleux. Les timbres  des pupitres bois et cuivres si caractéristiques dans leurs diversités et les cordes d’une telle puissance délicates et raffinées…Et puis ce grain si personnel que l’on ne sait pas expliquer ! Un peu l’or de l’Italie sous le ciel d’un bleu gris des peintures vénitiennes…

La mise en scène de Florentine Kepper possède l’avantage de ne pas outrepasser les bornes de la compréhension. Les décors simples et fonctionnels donnent une bonne idée de l’époque de la composition.

Le festival de Pâques est un rendez-vous chargé  de souvenirs, on en prend le chemin surtout pour soi-même. Cette année notre bonheur se trouva surtout dans les concerts.

Amalthée

 



[1] Fondateur de ce Festival de Pâques en 1967 dont on commémore la disparition cette année.

[2] Émission de Jacques Chancel 1978 télévision française

[3] Le grand  italien qui fut une des grandes figures de Salzbourg et Berlin, disparu le 20 janvier 2014, laisse Pollini comme orphelin. Ils travaillèrent ensemble   un nombre incalculable de fois.

[4] Hermann Hesse 1877-1962 Prix Nobel de littérature 1946.Jpseph von Eichendorff 1788-1857 le dernier des romantiques allemands

[5] Décès de Maria Jeritza

[6] Aconit ou casque de Jupiter

[7] Alcea rosa, rose papale

[8] On a laissé courir le bruit  d’une liaison entre la soprano et le compositeur… 

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Hélène Cadouin dite "AMALTHÉE"

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